Les Ressources Marines
Mise en œuvre d'un réseau de surveillance posidonies le long du littoral de la Corse
Rôle écologique de l'herbier à
Posidonia oceanica
(d'après J.G Harmelin 1993 et M.A. Mateo, inédit)
Présente uniquement en Méditerranée, la posidonie est une plante à fleurs formant, entre la surface et 30 à 40 mètres de profondeur, d’immenses prairies sous-marines appelées herbiers et représentant l’un des écosystèmes majeurs des espaces littoraux méditerranéens.
Son rôle est irremplaçable à divers égards : protection de la frange côtière et des plages, constitution d’une base de chaînes alimentaires, participation à la qualité des eaux littorales et rôle de frayère et de nurserie pour de nombreuses espèces trouvant dans l’herbier nourriture et protection.
Il est inutile de préciser que la préservation de l’herbier de posidonie est un élément majeur du maintien des équilibres littoraux, tant biologiques que physiques, ainsi que de la gestion durable des espaces littoraux. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la posidonie est classée, depuis 1988, parmi les espèces protégées par la loi.
Or, depuis quelques décennies, nous assistons à une régression de cette plante, essentiellement due aux nombreuses nuisances, engendrées par un développement incontrôlé des activités humaines sur le littoral. Sa disparition des zones avoisinantes, des grands centres industriels et portuaires a laissé place, progressivement, à de vastes étendues de « matte morte » très appauvries.
Les causes en sont multiples : aménagements littoraux gagnés sur la mer, modifications de la circulation des courants et de l’équilibre sédimentaire, ancrages anarchiques, chalutage, pollutions marines et telluriques, turbidité …
Dès lors, dans le cadre de sa mission de protection, de gestion et de valorisation des écosystèmes marins et littoraux, l’unité « Écosystèmes Marins » de l’Office de l’Environnement de la Corse a engagé une réflexion sur la possibilité d’étendre à notre région les activités du « Réseau de Surveillance Posidonie » (R.S.P.).
Ce réseau a été créé en 1984, suite à l’initiative du Conseil Régional Provence-Alpes-Côte-d’azur, afin de répondre à un double objectif : la surveillance de l’herbier et son utilisation comme indicateur biologique de la qualité globale des eaux littorales.
La surveillance de la limite supérieure de l’herbier est réalisée par des prises de vues aériennes puis par traitement informatique. Les biologistes vérifient ensuite en plongée les limites entre les peuplements (herbier, matte morte, algues) et les types de fonds (sable, roche). L’établissement de cartes très précises permet de suivre les évolutions éventuelles de l’herbier par comparaison avec les cartes antérieures.
Des balises en béton sont fixées au niveau de la limite inférieure de l’herbier. Un suivi scientifique (photographies, mesures diverses, prélèvements) permet d’analyser et de suivre la dynamique de l’herbier : régression, stabilité ou progression.
Présentation du dispositif
Le Réseau de Surveillance Posidonies, initié par l’Office de l’Environnement de la Corse et l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée et Corse, bénéficie de l’expérience acquise par le G.I.S Posidonie à travers le réseau P.A.C.A (choix des descripteurs, méthodes d’étude standardisées) et par l’équipe « Écosystèmes Littoraux » à travers sa participation au Plan d’Action pour la Conservation de la Végétation Marine en Méditerranée (PNUE – CARASP de Tunis).
La mise en place de ce réseau le long du littoral de la Corse est programmée sur trois années. A terme, ce réseau comptera 30 sites, équitablement répartis sur l’ensemble du littoral. Tous ces sites doivent être représentatifs de la portion de côte étudiée (nature du substrat), couvrir l’éventail le plus complet possible des situations, et regrouper des zones sensibles (rejets en mer, restructurations du rivage, dépôts de dragage, débouchés de rivières) et des zones stables ou zones de référence (aires marines protégées ; zones à faible activité humaine).15 sites seront répartis en limite inférieure et 15 sites en limite supérieure.
Soit 5 sites en limite inférieure et 5 sites en limité supérieure / an.
En outre pour les 2ème et 3ème années un contrôle et une remise en état des balisages, installés en limites inférieures, les années précédentes, seront effectués.
La mise en œuvre du réseau de surveillance s’appuie sur le découpage du littoral Corse en trois secteurs, correspondant à trois phases qui font l’objet d’une mise en place échelonnée dans le temps. Ce marché à tranches conditionnelles, comprend une tranche ferme et deux tranches conditionnelles, soit
  • La tranche ferme concernant la première phase ( zone géographique entre le Cap Corse et Porto-Vecchio), s’est déroulée et s’est achevée sur l’année 2004.
  • La 1ère tranche conditionnelle concernant la deuxième phase ( zone géographique Porto-Vecchio / Ajaccio), s’est déroulée et s’est achevée sur l’année 2005.
  • La 2ème tranche conditionnelle concernant la 3èmeet dernière phase ( zone géographique Ajaccio/ Cap Corse), a débutée le 1er janvier et s’achèvera à la fin de l’année 2006.
Les relations avec la pêche professionnelle et l’aquaculture, ainsi que la gestion de la ressource halieutique
Pêche professionnelle et protection des populations
La pêche professionnelle corse s’organise aujourd’hui autour de deux pôles essentiels :
  • une pratique dite « aux petits métiers », ou pêche artisanale, qui s’exerce sur la totalité du périmètre de l’île ;
  • une pêche mettant en œuvre des moyens plus lourds (chalutage) et s’exerçant essentiellement sur la côte orientale et dans le canal de Corse.
Si cette dernière forme ne concerne pas directement la bande côtière, puisqu’elle se pratique (ou devrait se pratiquer) sur des fonds importants et relativement peu exploités, la pêche aux petits métiers pose un problème plus aigu.
Il faut savoir, en effet, que plus de trois cents embarcations pratiquent sur une bande particulièrement étroite (entre 0 et 200 m) des formes de pêche très peu variées et visant un nombre d’espèces restreint. Il s’agit essentiellement de pêche aux filets calés (trémails ou filets maillants) ou à la palangre de fond.
La langouste, source importante de revenus pour la pêche locale, fait l’objet d’une pêche aux filets, certes efficace, mais contestable par les conséquences qu’elle entraîne sur les écosystèmes benthiques.
Il conviendrait alors de réfléchir à un éventail de mesures incitatives qui, à défaut d’être réglementaires, permettraient une gestion plus responsable et plus respectueuse du stock de poissons dont la diminution sur cette superficie extrêmement réduite semble inévitable.
Les solutions préconisées tendraient dès lors vers une diversification des pratiques de pêche et en particulier :
  • favoriser l’utilisation des casiers pour la pêche des crustacés, éliminant ainsi les prises inutiles d’espèces nobles qui ne sont pas commercialisées car corrompues par un séjour prolongé dans l’eau, les filets restants calés plusieurs jours ;
  • rechercher essentiellement sur la côte occidentale, d’autres espèces cibles peu exploitées, afin de diversifier les activités de pêche traditionnelles : poissons pélagiques dits « bleus » (sardines, anchois, thon, maquereaux, abondants mais peu exploités car sans débouchés importants) pour les fileyeurs, espadons pour les pêcheurs à la palangre dérivante.
Ces deux modes de pêche, qui permettraient une diminution de la pression sur les espèces benthiques plus fragiles, seraient grandement favorisés par la création sur place d’une conserverie (par ailleurs source d’emplois locaux). En effet, si la commercialisation des espèces pélagiques sous forme de poisson frais est délicate, une plus value importante est apportée à ces espèces par les conserveries. De plus, ces techniques de traitement du poisson permettent de mieux répartir dans le temps les activités de pêche.
Renforcement des populations benthiques
Des expériences du passé ont montré qu’il arrive souvent un stade où l’exploitation des ressources marines, et plus particulièrement des espèces benthiques (qui vivent sur le fond ou à proximité immédiate de celui-ci), met en danger des populations dont la reproduction naturelle ne suffit plus à assurer la pérennité.
Dans ces cas précis, plusieurs types de réponses ont été apportés :
  • arrêt de l’exploitation, avec les conséquences que l’on imagine sur la pêche professionnelle ;
  • production de ces espèces en aquaculture, cette opération n’étant cependant pas toujours rentable ;
  • renforcement des populations par des individus nés en incloserie et aptes à se développer dans le milieu naturel.
Ce dernier type de démarche, associé à une réflexion sur le mode d’exploitation par la pêche, a déjà porté ses fruits ailleurs. Il a notamment permis de sauver les populations de coquilles St-Jacques de la Baie de St-Brieuc, tout en permettant l’activité de pêche.
Il repose sur le principe suivant : les espèces marines ont une stratégie de reproduction de type « R » basée sur la production d’une grande quantité d’œufs ou d’alevins sur lesquels s’exerce une forte pression de prédation, aboutissant à un petit nombre d’individus adultes.
Il s’agit donc de favoriser le passage du stade larvaire au stade juvénile en milieu artificiel, éliminant ainsi une grande partie de la prédation sur ces individus, de façon à les réintroduire dans le milieu naturel à un stade de leur développement qui permette de voir le taux de survie sérieusement augmenté.
Les œufs ou alevins pourront soit provenir d’écloseries, pour les espèces dont le cycle de reproduction est bien maîtrisé, soit être directement prélevés dans le milieu naturel.
Ce type de démarche peut être envisagé pour toutes les espèces benthiques d’intérêt économique (pour d’évidentes raisons de fixation sur les zones traitées), que ce soient des poissons ou des crustacés. Des recherches de ce type ont déjà été entreprises sur la langouste et l’élevage industriel d’autres espèces de crustacés est pratiqué.
Dans cette optique de renforcement des populations benthiques, plusieurs projets sont d’ores et déjà privilégiés par l’unité Écosystèmes Marins :
  • une étude relative à la création d’une écloserie spécialement conçue pour la reproduction de crustacés et visant à libérer en milieu protégé des individus ayant passé le stade larvaire ;
  • un travail de fond, mené en collaboration avec les professionnels de l’aquaculture, s’attachant de manière spécifique à la production d’espèces nouvelles.
Ces projets seront couplés à l’immersion des récifs artificiels qui seront des sites favorables à l’installation de ces nouvelles populations.
Récifs artificiels
Lors du vote du budget primitif 2004, le Conseil d’Administration de notre Établissement
Public, avait souhaité favoriser l’implantation de récifs artificiels le long des côtes de la Corse, dans le cadre de la gestion des ressources halieutiques de l’île.
En effet, les pêcheurs corses ont des difficultés liées notamment à leurs moteurs dont la puissance est insuffisante pour s’éloigner des côtes, car ils sont soumis à une répartition des kW. De fait, cette législation impose une surexploitation de zones de proximité, entraînant une baisse considérable des populations de poissons.
En outre, l’abandon de la pêche à la nasse au profit des filets pour la pêche à la langouste n’a fait qu’augmenter ce que l’on pourrait appeler « les dommages collatéraux » en emprisonnant sars, chapons et autres poissons qui y meurent sans être ni vendables, ni consommables.
De ce fait, il devient urgent de trouver des solutions afin de maintenir la pêche artisanale, tout en protégeant des populations déjà fragilisées.
Dans ce but, un projet à été réalisé de façon conjointe par les Services de l’Office de l’Environnement de la Corse et du Comité Régional des Pêches Maritimes et des Élevages Marins de Corse.
L’enjeu est de créer artificiellement sur des zones de sable des structures similaires à des enrochements naturels afin de favoriser l’implantation de poissons sur des sites proches des côtes corses.
Ce projet est une réalisation innovante pour la Corse, dans la mesure où aucune expérience de ce type n’y a jamais été menée. Auparavant, une structure similaire ayant été testée en Méditerranée, et dans les Alpes-Maritimes, s’était avérée très efficace.
Ainsi, il s’agit aujourd’hui d’installer sur le littoral oriental ( le plus sablonneux) et face au débouché du grau de Biguglia, un récif constitué de sept « hameaux » en béton ajouré, destiné à permettre la fixation de la faune et de la flore sous-marine.
Rapidement colonisé par les végétaux, puis les mollusques, ce récif artificiel proposera alors nourriture et abri, deux éléments qui attirent les poissons. Ces structures permettront de développer une activité de pêche alentour.
Le choix du site à été dicté par le rôle de « nursery » joué par l’étang de Biguglia. On pense qu’en 12 à 18 mois la structure sera colonisée.
La maîtrise d’ouvrage de ce projet à été confiée au CRPMEM qui est bénéficiaire des subventions accordées par le Conseil Général de la Haute-Corse, l’Office de l’Environnement de la Corse et l’Union Européenne.
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