Le Bombyx disparate
Le Bombyx disparate (Lymantria dispar de son nom scientifique) est un papillon parmi les plus célèbres : introduit aux États-Unis en 1872, il y est devenu, s’étant échappé des cages d’élevage, le ravageur forestier n°1, sous le nom de Gypsy Moth, et est désormais présent partout dans l’Hémisphère nord. Il est parmi les ravageurs forestiers les plus étudiés.
En Corse, depuis 1950, les infestations de Bombyx disparate se sont succédées à peu près tous les dix ans, avec des périodes de gradation de trois à quatre ans, suivies de phases de latence d’environ 6 ans durant lesquelles aucune défoliation n’est observée. Toutefois, la dernière gradation a démarré dès 1999, soit quatre ans seulement après la fin de la précédente infestation. Lors de ces périodes de gradation (qui ont lieu au printemps), les pullulations de chenilles provoquent des défoliations complètes qui s’étendent parfois sur des dizaines de milliers d’hectares. Le grouillement des chenilles est très spectaculaire et ne laisse pas d’inquiéter ; généralement, la majorité des arbres supporte très bien cette attaque mais des défoliations répétées peuvent faire péricliter des forêts. De plus, des mortalités peuvent se produire lorsque des chênes-lièges défoliés sont démasclés aussitôt après leur défoliation.
Compte tenu du réchauffement climatique actuel, on peut craindre que les prochaines défoliations puissent se manifester dès l’année 2007.
Toute personne repérant des pontes, dans sa propriété ou ailleurs, peut les signaler à l’OEC.
Le cadre d'intervention de l'OEC
Lors des pullulations de chenilles (évènement certes incommodant dans les zones d’habitation), il est préférable de ne pas avoir recours aux traitements. En effet :
  • le Btk (Bacillus thuringiensis variété kurstaki) est un produit dit “ micro-biologique ”, qui ne tue pas tous les insectes : à la différence des insecticides chimiques non sélectifs, il est spécifique des chenilles. Cependant, il ne tue donc pas que le Bombyx disparate, mais élimine aussi toutes les autres chenilles qui se nourrissent sur la végétation traitée, y compris les chenilles de papillons non nuisibles, voire protégés.
  • le traitement au Btk risque de provoquer la prolongation de la gradation du Bombyx disparate : les chenilles qui survivent au traitement ou ré-envahissent un site traité ont plus de chance de survivre à la famine. Si elles sont bien nourries, leurs adultes produisent une abondante descendance. L’infestation repart alors de plus belle.
Lors de la dernière gradation, les traitements au Btk n’ont donc été financés que pour le confort des populations, au niveau des zones urbaines ou péri-urbaines risquant d’être envahies par un grand nombre de chenilles, et totalement défoliées (période de culmination, ou infestation maximale, en 2001 et 2002).
En effet, les études scientifiques ont montré que sur des zones totalement défoliées, l’impact du Bombyx disparate est comparable à celui d’un traitement : la végétation étant entièrement consommée, les autres chenilles meurent de faim, dans des proportions comparables à des mortalités provoquées par le Btk. Le risque écologique lié aux traitements (risque de perte de biodiversité et également risque de relance de l’infestation) n’est donc acceptable qu’au-dessus d’un certain seuil d’attaque, et vu la nuisance aux populations.
2003 étant une année de rétrogradation (fin de l’infestation), aucun traitement n’a été financé par l’OEC, les risques induits par un traitement à ce stade de l’infestation étant trop importants (prolongation de l’infestation).
Depuis 2003, grâce à son partenariat technique avec diverses structures compétentes en la matière (notamment Muséum National d’Histoire Naturelle, CNRS, Unité forestière de l’INRA Avignon), l’OEC recherche de nouvelles solutions de lutte, efficaces tout en préservant la biodiversité (méthode de lutte par confusion sexuelle en cours d’expérimentation), et s’est impliqué dans la mise en place d’un réseau de surveillance permettant de prévoir, et non plus de subir, les prochaines gradations du Bombyx disparate en Corse. En effet, il est important de déceler l’apparition éventuelle de nouveaux foyers d’infestation alors même que ceux-ci sont encore très localisés. Ainsi, le réseau de surveillance des niveaux de populations mis en place dans un premier temps en Corse du Sud, a été étendu à la Haute-Corse en 2005. L’un des objectifs de ce dispositif est d’analyser la relation entre les captures de papillons mâles (à l’aide de pièges à phéromone, installés dès début juin) et la densité des pontes dans les sites étudiés, afin de déterminer un seuil d’alerte.
Pour en savoir plus

http://www.inra.fr/dpenv/ld.htm
Le courrier de l’Environnement de l’INRA


Pontes
Chenille
Accouplement (femelle à droite)
Arbres totalement défoliés (Monacia d’Aullène)


Photos : Claire VILLEMANT.
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